vendredi 12 août 2011

Women only ... 1



Quelle idée j’ai eue, de vouloir rencontrer le professeur principal de ma fille ? Elodie a de bonnes notes, elle est une élève appliquée, travaille sérieusement, elle a même, si j’en crois son parcours scolaire, quelque facilité pour étudier. Sur ses bulletins de notes, je ne lis que louanges et encouragements. Peut-être est-ce cette excellence que la mère que je suis a ressenti le besoin de se faire confirmer ?
Il n’empêche, j’aurais mieux fait de m’abstenir, plutôt que d’essayer d’être une maman modèle, soucieuse de la scolarité de sa fille ! Je ne me doutais pas que cet entretien allait bouleverser ma vie.

J’avais rendez-vous avec Monsieur GANTOIS, professeur de mathématiques, à 17H30. Je me présentai à l’heure convenue, au secrétariat du Lycée Camille Saint-Saëns, où je fus accueillie par une jeune femme qui m’annonça :

« Ah oui Madame BERTRAND … Nous n’avons pas eu le temps de vous prévenir, mais Monsieur GANTOIS, le professeur de maths de votre fille … Elodie ? … a eu un empêchement de dernière minute et ne pourra donc pas assurer le rendez-vous … Il vous prie de l’excuser et m’a chargé de vous proposer, soit un autre rendez-vous, soit de vous entretenir avec sa collègue, Madame CARON, qui est le professeur de philo d’Elodie, et surtout, Madame CARON est le professeur principal de votre fille …
-         Ah ! C’est ennuyeux, je m’étais libérée spécialement pour ce rendez-vous … vous comprenez, je travaille, et il n’est pas toujours simple … enfin, les horaires, vous comprenez …
-         Oui bien sûr je comprends Madame BERTRAND, mais voyez donc Madame CARON ! Elle pourra évoquer avec vous le travail d’Elodie dans toutes les disciplines, puisqu’elle est …
-         … son prof principal oui j’entends bien … mais … c’est possible maintenant ?
-         Oui oui bien sûr, elle est prévenue et vous attend …
-         Bon … dans ce cas … et où …
-         Je vais vous accompagner jusqu’à sa classe … vous me suivez ? »

Déambuler dans ces couloirs, me ramenait des années en arrière, lorsque moi-même lycéenne, je fréquentais cet établissement. L’endroit n’avait pas tellement changé. A part un sol refait, une peinture sans doute récente, et quelques fausses lithos sur les murs, j’avais l’impression de refaire une rentrée des classes.

L’employée frappe à la porte d’une salle, ouvre la porte, et m’annonce.
« Madame CARON, voici Madame BERTRAND, la maman d’Elodie …
-         Ah oui très bien ! … Bonjour … Bonjour Madame … enchantée … entrez je vous en prie … 
-         Bonjour Madame … merci de me recevoir !
-         Mais c’est avec plaisir … Sandra a du vous expliquer que mon collègue, Arnaud GANTOIS a du s’absenter …
-         Oui, votre collègue m’a expliqué … mais comme vous êtes le professeur principal d’Elodie, je suis ravie de pouvoir parler d’elle avec vous.
-         Effectivement, je suis son professeur de philosophie mais en tant que prof principal, je connais particulièrement bien le travail de votre fille. Nous nous asseyons ?
-         Oui ! …
-         Occupons les tables des élèves, ce sera moins cérémonial que mon bureau.
-         Oh là là … m’asseoir ici me rappelle quelques souvenirs vous savez ! J’ai étudié dans ce lycée … peut-être même dans cette salle ?
-         Ah ! Vous êtes une ancienne élève de Camille Saint-Saëns ? … Eh bien tout comme moi ! Oui oui …
-         Ah oui ? Nous nous sommes peut-être croisées ? C’était à quelle période pour vous ? Moi c’était dans les années …
-         Vous … si nous parlions d’Elodie ? … Vous êtes venue parce que vous êtes inquiète ? … je tiens à vous rassurer, tout va bien, elle est une excellent élève … Intelligente, consciencieuse … d’ailleurs, ses bulletins démontrent …
-         Oui oui il est vrai que ses bulletins montrent bien qu’Elodie suit sans problème dans la plupart des matières mais … en fait j’ai pris rendez-vous avec son prof de maths parce que dans cette matières elle n’a … elle a seulement 14 sur 20 …
-         Dites, vous pensez que 14 sur 20 c’est une mauvaise note ? … Beaucoup de ses camarades se satisferaient de la moyenne vous savez !
-         Oui sans doute … vous avez raison … mais ce qui m’intéresse ce sont les notes de ma fille …
-         Elodie aura son bac, ne craignez rien, et … sans vouloir évidemment m’avancer, je verrais bien une mention … elle est brillante, n’en doutez pas ! … En philo, je dois dire que j’ai rarement vu des élèves aussi intéressantes qu’Elodie, et aussi inspirées … Et elle assure dans toutes les matières … avec, je dois le concéder, un petit score en sport mais … nul n’est parfait, et ce n’est pas l’essentiel …
-         Oui effectivement, Elodie n’est pas une athlète, et le sport ne la motive pas énormément … Son père ne lui a pas transmis son virus … quoi qu’il était surtout sportif devant son téléviseur … et moi-même …
-         Je crois me souvenir que tu n’étais pas non plus très douée en éducation physique … Charlotte …
-         Ah ! Nous … nous nous connaissons ? … même période ici alors ? … mais votre nom … ton nom … ne me dit rien pourtant …
-         Le tien est trop commun pour que je fasse immédiatement le rapprochement … et puis j’imaginais que c’est ton nom d’épouse … Comme c’est le cas pour moi … probable que le nom de Patricia GASTALDI te parlera davantage …
-         Pa … Patricia GASTALDI ? … C’est toi ? … Mais oui … Pat-la-Terreur …
-         Oh ! N’exagérons rien !
-         C’était bien ton surnom ?
-         Oui … tu te souviens du tien ?
-        
-         Je vais te rafraîchir la mémoire … Sans-culotte … Tu te rappelles ?
-         Vous m’en avez fait baver … toi et … Graziella … ta sœur non ?
-         Exactement …
-         Les Corsica Sisters … c’est comme ça qu’on vous appelait.
-         Tu ne m’as pas répondu … te rappelles-tu pourquoi nous te surnommions sans-culotte ? … Rien à voir avec la période révolutionnaire …
-         C’étaient des gamineries …
-         Tu ne réponds pas à ma question … Tu en as encore honte ?
-         Honte ? Non mais … je ne suis pas venue ici pour entendre ces vieux souvenirs d’école …
-         C’est parce qu’on t’obligeait à nous remettre ta culotte chaque matin avant d’entrer en classe …
-         C’était méchant …
-         Oh ! … je dirais … sympathique ?
-         Non … ni malin, ni sympathique … méchant …
-         Pourtant … je crois que tu avais fini par prendre l’habitude de toutes les petites humiliations que nous te faisions subir … tu les appréciais, même sans doute ?
-         Bon … je ne m’ennuie pas Patricia mais … merci de m’avoir reçue … et rassurée sur Elo …
-         Je donnerai le bonjour de ta part à Graziella … elle sera ravie d’avoir de tes nouvelles …
-         Oui … oui bien sûr … salue ta sœur … je … je dois y aller …
-         Te voilà bien pressée subitement !
-         Oui je … on m’attends … je n’y pensais plus mais …
-         Ton mari ?
-         Hein ? … Ah non ! … Non ça ne risque pas … Nous sommes divorcés depuis … longtemps …
-         Ah très bien !
-         Comment ? Pourquoi très bien ?
-         Non rien … ne fais pas attention, c’est … une expression … formule mal adaptée … Ce serait sympa que nous nous revoyions !
-         Euh … pour ?
-         Je ne sais pas, pour boire un verre, parler du bon vieux temps … Ou de ce chacune de nous est devenue depuis le lycée … Dîner peut-être ?
-         Euh … pourquoi pas … mais tu sais, il n’y a pas grand-chose à dire de mon côté …
-         Oh mais je suis certaine que si ! … Ton mariage, ta fille, ton job … Tu fais quoi d’ailleurs ?
-         J’ai repris l’affaire de mes parents …
-         Ah oui ? Ils faisaient quoi déjà ?
-         Bijoutiers … Ils avaient une petite boutique …
-         Ah oui ! Je me souviens … pas très loin de la cathédrale Saint-Ignace ?
-         Exact ! …
-         Mais je vois très bien ! Mais elle a bien changé cette boutique ! C’est devenu un très beau magasin !
-         Oui je … j’ai bien développé l’affaire, modernisé, rénové, agrandi … Et … et toi ?
-         Moi, je suis prof de philo, comme tu vois …
-         Oui bien sûr !
-         Ca va Charlotte ? Tu me parais bien troublée …
-         C’est que … je ne m’attendais pas à cette rencontre …
-         Nostalgique ?
-         Oh non ! … non non c’est … la surprise !
-         Menteuse !
-         Comment ?
-         Je dis que tu mens. Tu es troublée, ça se voit. Me voir réveille en toi des souvenirs, et en repensant à ce que tu as vécu ici, avec moi, avec Graziella … avec d’autres aussi, tu te sens mal à l’aise, mais en même temps, tu es très émue … excitée même peut-être …
-         Ca ne va pas ? Qu’est-ce que tu vas chercher avec ta psycho à deux balles ?
-         J’ai un master de psychologie … J’ai aussi écrit quelques ouvrages sur le comportement féminin … Tu peux toujours essayer de tricher avec moi mais …
-         Je … je n’ai vraiment plus le temps de discuter … excuse-moi, j’y vais …
-         OK … je t’appelle au magasin un de ces prochains jours … Pour t’inviter à dîner … avec Graziella … J’organise ça d’accord ?
-         Je … je ne sais pas si je pourrai me libérer …
-         Mais si … allez file !
-         Bonne soirée Patricia !
-         Pour toi aussi … sans-culotte ! »

... à suivre ... 


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