Très vexée par l’attitude de ce crétin de Thierry, découragée, j’abandonnai peu à peu l’espoir de renouer avec mes passions, et me résignai à rester la petite bijoutière de quartier.
Je suis navrée de dire que le décès subit de maman, victime d’une violente attaque cérébrale, six mois environ après cette épouvantable soirée d’anciens élèves, fût le départ de nouvelles ambitions.
C’est en effet chez le notaire chargé de sa succession, que j’appris que maman avait réglé ses affaires, en rédigeant un testament largement en ma faveur.
Elle n’avait jamais digéré la fuite de mon frère, son homosexualité, l’absence de nouvelles, l’abandon de sa petite Amandine, et avait fait en sorte que ne lui soit léguée que la part incompressible de tout héritier réservataire. Part qu’il n’a jamais touchée, restant introuvable. J’étais triste qu’il ne soit même pas présent à l’inhumation de notre pauvre maman. Si j’avais autrefois de l’affection pour mon frère, je me mettais à le haïr.
Le patrimoine de mes parents ne représentait pas une fortune, mais se révélait plus importante que je ne l’aurais imaginé.
Il est vrai que les bénéfices de la bijouterie étaient plutôt maigres ces derniers temps, mais en bon père de famille, papa avait « protégé ses arrières », comme il disait, en accumulant année après année, un petit capital sur des placements pierre. De son côté, maman avait hérité de sa famille – une famille bourgeoise, aisée, d’industriels vosgiens - un appartement à Cannes dont la valeur n’avait fait que croître.
Dans sa grande générosité, maman avait prévu et posé comme condition à l’héritage, que je verse à Amandine, via sa maman, une rente permettant de lui assurer une vie correcte, et de subvenir à ses études.
J’héritai donc seule du fonds de bijouterie, et de l’immeuble qui l’abritait, et qui contenait, outre les murs commerciaux, trois appartements situés au-dessus du magasin. Nous occupions le 1er étage, mais 2 autres niveaux étaient loués à des particuliers. J’ignorais totalement que mes parents en étaient propriétaires. Il paraît que le notaire m’en avait informé lors de la lecture de l’acte de succession de papa, mais j’étais tellement émue et triste ce jour-là, que je n’avais pas réalisé.
Lorsque j’ai confié à Maître POIRET mon intention de me « débarrasser » de la bijouterie, il a tout fait pour me le déconseiller. Nous en avons longuement discuté, et il a réussi à me convaincre d’accepter un rendez-vous avec l’une de ses relations, Conseiller à la Chambre de Commerce, Monsieur CHANTEREL.
Je me rendis à cet entretien sans grande motivation, bien décidée à en faire une formalité de principe, et sans intention de me laisser influencer par ce conseiller.
J’ai rencontré un homme charmant, et très enthousiaste, absolument convaincu de la rentabilité de « mon affaire », à la condition que je modifie ma stratégie commerciale, et que je réalise quelques investissements. Les chiffres qu’il m’annonça me parurent vertigineux. Mais il sût me convaincre de l’intérêt de m’engager sur ces projets, et finalement, j’acceptai un nouveau rendez-vous, auquel il proposait d’associer « mon » banquier.
Cette rencontre fût organisée autour d’un déjeuner, dans un restaurant plutôt chic. Le banquier, Vincent de CROIXMARE – que je n’avais jusqu’ici, jamais vu, ayant seulement parlé une fois ou deux avec lui au téléphone – parlait calmement, exposant sur un ton très équilibré les différentes hypothèses possibles, pour, selon l’avis qu’il partageait avec Monsieur CHANTEREL, donner un nouvel élan à « mon affaire ».
Rénovation de façade et des vitrines, nouvel agencement et mobilier de présentation, ambiance distinguée mais aussi orientation commerciale nouvelle, avec une gamme de produits moins classiques, plus « in » … et surtout ! … surtout … l’originalité de la démarche consistait à vendre dans ma boutique, des bijoux … de ma création !
J’ai dû avoir à ce moment de la conversation, un très large sourire, qui ne passa pas inaperçu de mes interlocuteurs. « Mon » banquier insista sur cet aspect du projet, lui-même n’étant pas avare de sourires.
« Quant au financement, il n’y a aucun souci Charlotte ! »
Il venait de m’appeler par mon prénom, et d’ordinaire, ce genre de familiarité m’aurait fait réagir, car j’étais devenue une vraie sauvage. « Qu’est-ce que tu peux être pimbêche tout de même ! » … aurait dit Marie-Hélène, qui, elle, aurait sans-doute gagné à l’être un peu plus !
« Si vous cherchez à me rassurer, Vincent, faites-le jusqu’au bout ! Parlez-moi du plan de financement … »
Oh mais c’est la Révolution ! Non seulement je ne m’offusque pas de cette familiarité, mais j’y ajoute la mienne, en appelant Vincent … Vincent.
A ce stade de mon récit, le relisant, je prends conscience que certains lecteurs, fréquentant ce blog pour y lire des textes au minimum érotiques, une nourriture pour leur Libido en Liberté, doivent s’ennuyer à mourir de cette lecture ! Qu’ils se rassurent, et qu’ils patientent : mon histoire est loin d’être terminée. J’aurais sans doute pu leur éviter ces passages peu sexy de ma vie, et en venir très vite à ce qui – je l’espère – les intéressera davantage … mais ces choses à venir sont tellement, vues par moi, osées, que je dois m’échauffer avant de raconter ce qui relève selon moi, des pires perversions. Et je ne dis pas ça pour leur mettre l’eau à la bouche, je le pense sincèrement, même encore maintenant.
Je vais tout de même tenter d’être assez brève sur ces évènements.
... à suivre ...






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